November 22, 2011

cause toujours

catherine @ 8:25 pm

une photo de mon papa en pleine discussion

Généralement, les causes se « câlissent » les unes des autres. Chacun travaille de son bord et les gens ne s’appuient pas. J’ai essayé de faire comprendre ça à ta tante Madeleine dans les années soixante-dix mais elle n’était pas d’accord.

Et les gouvernements, ça les arrange. Les gouvernements règlent la cause, les griefs, de la police avant les autres. La police a toujours tout ce qu’elle veut. Pis après ça, la police aide les gouvernements à règler les autres causes.

Pis c’est vrai que dans le mouvement des « indignés », y’a du monde qui sont pas là pour les bonnes raisons. Y’en a qui sont là parce que c’est la mode. Mais je pense qui y’en a qui sont là parce qu’ils y croient vraiment. Pis y’a beaucoup de sans-abri. C’est bon pour les sans-abri parce que ça leur donne une autre place pour être avec le monde.

Mais avec les « indignés », c’est la première fois dans ma vie que je vois des causes toutes ensemble. Ça me donne un peu d’espoir pour l’avenir.

– Mon papa, Michel, 67 ans.

November 14, 2011

chaque histoire compte

catherine @ 3:05 am

Photo du permis de conduire de Catherine Roy

Ce texte a été publié dans le cadre d’un projet collectif réunissant cinq personnes handicapées qui racontent, selon leur perpective unique, la journée du 10 novembre 2011. Je vous invite à aller lire leurs histoires. Chaque histoire compte.

Je ne devais pas assister à la conférence de Colin Barnes. Je devais être à Combermere en Ontario chez mes parents. Ou au pire, je devais être sur la route vers Combermere, peut-être légèrement égarée (ça m’arrive des fois de me perdre en conduisant), vraisemblablement stressée. Mais mon voyage a été annulé à la dernière minute et mon jeudi soir était soudainement libre. En fait, j’aurais pu, j’aurais dû, rester chez moi et m’avancer sur la tonne de boulot qui s’accumule sans fin, du moins il me semble. Mais Laurence m’a rappelé cette conf à McGill et spontanément, je me suis dit que ça changerait d’un écran d’ordi.

Depuis que j’ai une auto (mon père m’a offert un vieux bazou cet été pour célébrer l’obtention de mon permis de conduire), j’ai accès à la spontaniété. La spontaniété dans la vie d’une personne handicapée, c’est plutôt rare. Nos gestes, nos déplacements sont généralement planifiés d’avance, souvent longtemps d’avance. On passe notre vie à attendre après les autres, à développer des routines pour pouvoir arriver à faire tout ce dont on a besoin de faire pour se rendre de A à Z. Mais depuis que j’ai l’auto, je peux être spontanée. Alors, ne faisant pas les choses à moitié, je décide de partir à la dernière minute possible. On est spontané ou on ne l’est pas…

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November 3, 2011

demain, le Web sera plus humain

catherine @ 12:19 am

cœur improvisé

Le 31 octobre 2011, j’ai eu le plaisir (et légèrement le trac) de contribuer une conférence dans le cadre de l’événement Web-In, organisé par l’Alliance numérique et tenu lors du méga-événement Montréal Digital à l’hôtel Hilton Bonaventure, rien de moins. Je dis plaisir car ce fut réellement agréable de revoir des gens que je n’avais vu depuis un petit (ou grand) moment et de rencontrer de nouvelles personnes intéressantes. C’était agréable aussi de présenter quelque chose de différent. Pas juste les propos habituels qu’on entend tout le temps et qui finissent parfois par sembler dénués d’un rapport avec la réalité des gens.

Le trac aussi parce que justement, c’était un événement inhabituel m’invitant à sortir un peu des sentiers battus. M’invitant à oser. Alors j’ai choisi de ramener la personne au cœur de tout ça, de la rendre réelle et humaine auprès des gens, de lui donner une voix. J’ai choisi de prendre une approche un peu plus personnelle à un sujet qui me semble devenu plutôt drabe et banal dans la bouche de soi-disants « experts » et « évangélistes »… J’ai osé essayer de raconter l’histoire d’une cause et de cinq individus qui ont choisi de me confier leurs expériences.

Évidemment, avec la limite de temps pour les conférences (dix minutes), le fait que je ne suis pas vidéaste professionnelle (ça se voit et ça s’entend aussi ;), que j’ai filmé le tout avec un vieil appareil photo numérique qui traîne dans le fond de mon sac-à-main depuis trois ans, sans compter que j’ai dû apprendre à utiliser en catastrophe un logiciel de montage vidéo à peine une dizaine de jours avant l’échéance, on ne peut s’attendre à des miracles. Mais pour emprunter d’une expression anglaise, « the medium is not the message. The message is the message ».

Je tiens à remercier les organisateurs du Web-In et particulièrement Josée Plamondon, qui avec son élégance et sa grâce habituelles, m’a accueillie chaleureusement au Web-In dès le premier instant de cette démarche. Un grand merci aussi à Laurence Parent, qui croulant sous ses nombreux travaux de PhD, a pris le temps de m’apprendre à utiliser le logiciel de montage et m’a donné un grand coup de main pour le montage final.

Enfin, un merci tout spécial aux cinq participants de la vidéo : Alain Elmaleh, coordonnateur du Centre Alpha-Sourd; Deborah Kennard, présidente de Vie Autonome Montréal métropolitain; Mireille Manavella et Gérald Miller, respectivement agente de développement et directeur général du Regroupement des aveugles et amblyopes du Québec; et Laurence Parent, vice-présidente du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec. Votre histoire, comme l’histoire de tous ceux et toutes celles qui font partie de notre communauté, est importante, essentielle même pour nous rappeler l’humain dans une société de plus en plus branchée et déconnectée à la fois.

Voici donc le texte de ma présentation pour le Web-in ainsi qu’un lien vers la vidéo (version avec sous-titres) que j’y ai présentée.

Ça fait plus de vingt ans que je travaille à l’amélioration des conditions de vie des personnes handicapées. Il y a douze ans, j’ai commencé à m’intéresser à la question des technologies de l’information et comment celles-ci peuvent contribuer à l’inclusion et à la participation sociale des personnes handicapées.

Et depuis, je passe beaucoup de temps à essayer de convaincre les gens, que ce soit les entreprises, les webmestres, développeurs et autres joueurs de l’industrie techno, les gouvernements, même des organismes à vocation sociale, du potentiel extraordinaire que représente les technologies, le Web, pour les personnes handicapées. Et à quel point des gestes, souvent très simples et même parfois très peu couteux, peuvent carrément changer des vies.

Alors, je pourrais faire comme d’habitude. Je pourrais vous parler d’un contexte politique et juridique qui nous mène inexorablement vers des obligations en matière d’accessibilité qui seront de plus en plus incontournables. Même ici au Québec, avec la Charte québécoise des droits et libertés de la personne (que les personnes handicapées reluquent de plus en plus), d’autres politiques et règlementations et tout récemment, le nouveau standard sur l’accessibilité des sites Web du gouvernement du Québec.

Je pourrais vous parler aussi d’un monde de plus en plus malmené. D’un environnement qui, au fil des guerres, des désastres naturels ou non, du vieillissement des populations et des excès sans égard au lendemain, cède la place à une société ayant de plus en plus de limitations et d’incapacités. En moyenne, entre 10% et 25% de la population, que ce soit ici ou ailleurs. Plus de 750 million de personnes handicapées à travers le monde aujourd’hui. Une masse critique en devenir. Un marché à croissance exponentielle et grandement sous-exploité. Mais ça, ça serait pas mal « downer »…

Alors je pourrais plutôt vous parler de bénéfices secondaires de l’accessibilité. Meilleur « ranking », meilleure performance, meilleure maintenance, meilleure mobilité, meilleures pratiques de développement… Mais la majorité d’entre vous sait déjà tout ça.

Je pourrais vous parler également du caractère novateur de l’accessibilité. Que nous, les personnes handicapées, avons été parmi les premières à expérimenter des technologies que vous prenez maintenant pour acquis, de la technologie GPS à la reconnaissance vocale au contrôle de l’environnement, etc. Que nos situations de handicap continuent à être une source intarissable pour votre créativité…

Mais non, aujourd’hui, je vais mettre de côté ces propos d’experts qu’on finit souvent par ne plus entendre et je vais vous inviter à écouter. À écouter des membres de ma communauté vous dire pourquoi l’inclusion numérique n’est pas optionnelle pour une société comme la nôtre, qui se veut ouverte, tolérante et juste.

Une version avec description des titres est également disponible sur la même chaîne et une version sans adaptation le sera prochainement. Ces vidéos sont diffusées sous licence Creative Commons Paternité - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 non transcrit (CC BY-NC-ND 3.0).

PS. Une vidéo de ma conférence présentant cette vidéo au Web-In est aussi disponible (les trois premières minutes environ où l’on peut constater ma grande nervosité ;)

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